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1 juil. 2016

De la photographie numérique au Cyanotype

J'avais réalisé mon premier Cyanotype quand j'avais 12 ou 13 ans...Et oui ! grâce à la panoplie du "petit chimiste" que j'avais eu en cadeau de Noël à cette époque lointaine. Aujourd'hui, un peu las du "tout numérique" et des filtres instamachin-truc, je me suis dis qu'il serait sympa de tenter à nouveau l'expérience mais en utilisant la puissance du numérique pour créer un négatif de grand format.

cyanotype
Cyanotype bleu de Pusse (sans virage)
Tout d'abord, il est important que je vous rappelle ce qu'est un "cyanotype". Il s'agit d'une technique photographique qui permet d'obtenir un monochrome de couleur "bleu de Prusse" par exposition aux ultraviolets (soleil ou insoleuse) d'un papier badigeonné au préalable d'une solution adéquate et préalablement recouvert d'un négatif  choisi .

Ce procédé a été mis au point en 1842 par William Herschel, un scientifique anglais. Il est à noté que des tirages du 19e siècle sont encore parfaitement conservés aujourd'hui, ce qui en dit long sur la stabilité de ce procédé au fil du temps.

Il est clair que mon titre est volontairement provocateur si l'on s'en tient à la seule chronologie de l'histoire de la Photographie mais il est réaliste : mes cyanotypes proviennent de négatifs...numériques et pas d'une chambre noire grand format comme au 19ème siècle.

Il faut savoir qu'à l'époque, j'avais réalisé mes premiers cyanotypes avec des négatifs noir et blanc 6X9 cm issus d'un appareil Ultra-Flex version 16 Himalaya appartenant à mon père.

Aujourd'hui, les négatifs qui sortent d'un appareil argentique sont généralement de format 35 mm, soit 24X36 mm, ce qui ne permettrait pas de réaliser des cyanotypes autres que minuscules.

Ce n'est pas grave puisque la technologie numérique va se mettre au service de la photographie alternative en permettant de faire renaître un procédé datant de 1842. Vous l'avez compris, le négatif résultant d'une de vos photographies numériques sortira de votre imprimante jet d'encre ou laser (pas besoin de posséder une imprimante haut de gamme).


Voyons ensemble les différentes étapes nécessaires à la réalisation d'un cyanotype.

Il est utile de préciser qu'un cyanotype s'obtient sans agrandisseur, uniquement grâce à une exposition directe aux UV (soleil ou insoleuse). Ce procédé n'est pas vraiment un procédé argentique puisqu'il s'obtient en mélangeant deux produits chimiques que sont le citrate d'amonium ferrique et le ferricyanure de potassium.

TRÈS IMPORTANT : Ne laissez aucun de ces produits à portée des enfants !

 Une fois ces produits mélangés dans les proportions définies plus loin, la solution obtenue sera enduite au pinceau ou au rouleau sur une feuille de papier dessin (sans acide), pour aquarelle par exemple. Sachez qu'un cyanotype peut également être réalisé sur d'autres supports : bois recouvert de Gesso, tissu, carton, toile, etc.

Pour ma part, j'ai utilisé du papier Daler Rowney Mixed Media 250 gr/m² vendu environ 14€ les 30 feuilles (en bloc) au format A4. J'essaierai prochainement du Canson Montval pour aquarelle 300g/m² qui semble être plus performant.

Il va s'en dire que j'ai du faire quelques recherches sur le net pour "renouer" avec ce procédé. Nul doute que vous ne fassiez de même si vous souhaitez approfondir le sujet du cyanotype. Je me contenterai donc de vous décrire les étapes que j'ai personnellement suivies pour créer les cyanotypes que je vous présente dans cet article. Par la suite, j'envisage d'explotrer d'autres techniques de photographie ancienne telles que le papier albuminé ou le papier salé. Pour l'instant, je me cantonne à la technique du cyanotype qui est loin de m'avoir livré tous ses secrets et toutes ses possibilités. 

Passons à la pratique !

  • La réalisation du négatif 
J'ai choisi une photographie de rue j'avais tiré en Raw et enregistré en jpeg en noir et blanc avec un virage partiel légèrement sépia : Une Vespa garée quelque part dans le Vieux-Nice. Je ne suis pas retourné sur le fichier Raw pour supprimer le virage sépia que j'avais donné à cette photo. Je l'ai ouverte tout simplement en Jpeg et telle quelle dans Gimp

Dans le menu "Image" puis "Échelle et taille de l'image" j'ai choisi 20 cm X 20 cm (19,999 en réalité) et 300 dpi en résolution. Il va s'en dire que l'image de départ était plus grande pour éviter toute pixelisation. Je me suis servi de l'outil "mixeur de canaux" dans le menu "couleur">"composants", j'ai coché Monochrome" et "préserver la luminosité" et validé ensuite. J'ai quelque peu accentué la netteté dans "filtres">Amélioration>accentuer la netteté, sachant qu'il y aurait sans doute de la déperdition au développement (ne pas forcer sur le curseur, l'accentuation doit être modérée et reste même optionnelle), 

Sachez qu'il existe des méthodes permettant de définir une courbe (outils Courbes) correspondant à une définition plus précise du négatif (grâce à une mire)  Je ne me suis pas embarqué dans cette voie et me suis contenté de choisir un négatif qui me semblait faire visuellement l'affaire. A vous de voir si vous souhaitez  être plus précis et plus laborieux que moi. Je suis donc parti du principe qu'un bon positif produira un bon négatif....quitte à faire hurler les experts :)

Ensuite, il vous suffit de vous rendre dans "Couleurs" puis "Inverser"... Il ne vous reste plus qu'à l'imprimer en ayant pris soin d'enregistrer votre travail...mais ça va de soi.
Dernière minute : La taille de l'image indiqué sur Gimp est erronée, je me suis rabattu sur Photofiltre pour imprimer le négatif à la bonne dimension. Gimp engendrait un "bug" qui me donnait une impression bien inférieure à celle indiquée.

Pour l'imprimer, je n'ai pas fait le tour de la question non plus ni testé une multitude de papiers. Mon choix s'est porté sur du papier transparent de la marque "Micro application", vendu moins de 10€ les 20 feuilles A4 à la Fnac.

Avant d'imprimer, pensez à mettre votre imprimante sur "impression optimale". J'ai coché en noir et blanc mais il paraît que le résultat est meilleur en cochant "impression en couleurs", pour le choix du papier j'ai positionné sur "Autres papiers jet d'encre". Au final et à l'oeil, l'impression du négatif me semble parfaite et bien piquée...nous verrons plus tard si cette impression était la bonne. 

Vous venez de créer votre négatif grand format !

J'ai utilisé Gimp mais cette étape peut-être réalisée avec quasiment tous les logiciels de retouche d'image tels que Photoshop, Photoshop Elements et même le gratuit Photofiltre et bien d'autres encore.

  • Les produits
Les deux produits nécessaires se vendent normalement en poudre et doivent être mélangés avec de l'eau distillé. 
La recette la plus utilisée est la suivante :

(Flacon A) 100g de citrate d’ammonium ferrique (vert) + 400 ml d’eau, compléter ensuite avec de l'eau toujours distillée jusqu’à 500 ml

(Flacon B) 40g ferricyanure de potassium + 400 ml d’eau, compléter ensuite avec de l’eau toujours distillée jusqu'à  jusqu’à 500 ml

Ces solutions peuvent être préparées dans une pièce avec une lumière ambiante, sans UV, et devront reposer 24 h avant d'être utilisées.

Les flacons doivent être brun et bien hermétique. 

Ceci-dit et comme je n'avais pas de balance de précision, je me suis rabattu sur des préparations liquides déjà élaborées que j'ai pu commander chez Disactis (ce que je vous conseille de faire).

J'ai choisi des conditionnements de 500 ml accompagnées de deux compte-gouttes. Après des essais infructueux pour pouvoir doser correctement la même quantité de chaque solution (A et B), j'ai acheté deux seringues (sans aiguilles) chez mon pharmacien et jeté les comptes gouttes qui délivraient parfois 3 gouttes avec un seul appui.

Si vous souhaitez vous documenter et dialoguer avec des passionnés, je vous conseille de visiter le site Photographie par les procédés anciens et même de vous inscrire sur leur forum. Vous apprendrez plein de choses intéressantes et échangerez vos expériences avec les membres du forum.


cyanotype préparratifs
Solutions, seringues,papier, soucoupe, pinceau...photographiés dans la prénombre


Papier Canson Montval badigeonné. Photographié dans la pénombre


  • La préparation du papier sensible
C'est une étape qui ne devrait pas vous poser de problème particulier, à condition de bien s'organiser. Personnellement, je la réalise à la pénombre, dans une pièce aux volets fermés et sans lumière. Ceci-dit une lumière d'appoint n'est pas contre-indiquée. 


Je prépare tout le matériel et les ingrédients nécessaires, à savoir : Les flacons des solutions, les seringues sur lesquelles j'ai écrit A pour une et B pour l'autre (j'ai fait de même au feutre permanent sur les bouchons de chaque solution). Je pose mes feuilles de papier pour aquarelle à badigeonner sur un vieux calendrier grand format (ou autre chose).

Dans une soucoupe en plastique je verse 4 doses (le 4 est indiqué sur la seringue) de produit A et 4 de produit B, je mélange avec un pinceau plat sur lequel j'ai enlevé la virole en métal (important pour éviter une réaction chimique qui produit des tâches) et mis de l'adhésif de réparation pour assembler les poils au manche. Je badigeonne ma feuille dans un sens puis dans l'autre en étalant le plus possible. Ce dosage me permet de recouvrir deux feuilles A4. Je mets ensuite ces deux feuilles à sécher environ 2 heures dans un endroit sans lumière (un placard bien fermé dans mon cas). Je prends soin de rincer le pinceau, les seringues et la soucoupe et de tout ranger. Je ne conserve pas les feuilles longtemps, je les prépare environ deux heures avant d'exposer aux ultraviolets (soleil).

  • L'exposition aux UV
C'est une des phases la plus délicate du procédé. Pour ma part, j'ai la chance d'habiter Nice et de disposer d'un jardin me permettant d 'exposer mes cyanotypes en "plein air". Ceci-dit, le problème réside dans le temps d'exposition.

Pour cela, je consulte la météo et l'index UV. Après quelques essais, je mets en pratique un jour sans nuage (avec index UV à partir de 6...facile ici), vers 13 h et laisse exposer entre 3 et 4 minutes mon papier sensible recouvert du négatif et le tout fixé dans un cadre avec un sous verre. Le numérique nous a conditionné à "tout calculer". Sachez tout de même que ces temps d'xposition peuvent considérablement variés en fonction de la période et de la région dans laquelle vous vous trouvez.

Il faut partir du principe que ces méthodes de photographie ancienne, même si certains se lancent dans des calculs fastidieux, sont tout de même aléatoires et dépendent de plusieurs facteurs (papier bien badigeonné, dans les bonnes proportions, négatifs bien contrastés mais sans plus, nuages, temps d'exposition correct, etc). En fait, il faut être patient et expérimenter encore et toujours  !

exposition au soleil  d'un cyanotype
Exposition au soleil du papier imbibé, recouvert du négatif et d'un cadre sous-verre

  • Le développement
Une fois l'exposition au soleil terminée, vous enlevez délicatement le papier sensible qui aura pris une couleur verdâtre foncée pour le développer...à l'eau.

Le développement à l'eau se réalise tout simplement en faisant attention de ne pas déchirer le papier (je parle en connaissance de cause). Vous rincerez bien le papier, plusieurs fois dans une bassine carrée par exemple. Il ne faut surtout pas bâcler cette étape qui sera déterminante pour la tenue de l'image par la suite. Certaines personnes mettent quelques goûtes d'eau oxygénée dans le dernier bain ou du vinaigre blanc. Pour ma part, je ne rajoute rien que de l'eau et procède souvent, dans la foulée, à un "virage" au thé vert. L'image sera ainsi  noircie et prendra, grâce au tanin du thé, une teinte plus proche du noir et blanc, entre le sépia et la sanguine. 

Pour réaliser ce virage, je laisse tremper le papier environ 15 minutes en le retournant et an agitant quelques fois dans un dernier bain composé de 5 sachets de thé vert que j'aurais préalablement fait infuser longtemps dans de l'eau frémissante (comme pour faire un thé) et attendu qu'il soit quelque peu refroidi à environ 40°(si trop chaud, le papier se déchirera). Je procède ensuite à un rinçage complet et fait sécher l'épreuve sur un étendoir à l'intérieur. D'autres personnes opèrent autrement. Consultez le forum et vous pourrez vous faire votre propre idée.

Virage d'un cyanotype au thé vert
Virage d'un cyanotype au thé vert
séchage d'un cyanotype
Séchage d'un cyanotype après son développement à l'eau

Cyanotype avec virage au thé vert
Cyanotype avec virage au thé vert

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2 commentaires:

  1. Merci pour ton Tuto, et pour ta curiosité "Lartigienne" autour des différentes techniques de photographie alternative . ;)

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    Réponses
    1. Merci à toi pour m'avoir lu. Je prépare une vidéo plus explicite et plus imagée sur la cyanotypie.:)

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